• Les alignements de jouets, on peut en sortir !

    Les alignements de jouets, on peut en sortir !

     

    Les alignements de jouets, on peut en sortir !

    alignements de jouets

    Le Petit Prince avait bien aligné ses petites voitures. Le long d’un motif du tapis, elles étaient bien toutes collées les unes aux autres, c’était bien rangé.
    Et si à ce moment là, je shootais malencontreusement sur l’une d’elle, je vous raconte pas la crise.

    Bon mais ça, maintenant c’est du passé. Comme quoi, même ça, ce n’est pas immuable. 

    J’ai entendu beaucoup de parents dirent qu’ils avaient peur que leur enfant ne puisse se débarrasser de leur tocs envahissants. Mon fils en avait plein, il n’en a plus, du moins ce n’est plus du tout envahissant. Allez, je vais vous expliquer pourquoi.

    Attention, tout ceci s’est passé sur des années, donc pas la peine de croire que ça va s’arrêter du jour au lendemain, c’est faux.

    Un enfant autiste n’aligne pas ses jouets parce qu’il est idiot, ou pour vous embêter, c’est uniquement parce que ça lui fait du bien. Vous n’avez pas des petits rituels rassurants, vous ? Moi je vous raconte, je suis dingue du ménage : si la maison est en bazar, j’ai l’impression que c’est le bazar dans ma tête, donc je range, sinon je ne me sens pas bien. Et non, je ne suis pas autiste. Donc pour le Petit Prince, c’était pareil : il rangeait bien tout, faisait des empilements de gros cubes et on jouait à la « Tour la plus haute du monde » , il disposait ses nounours dans un certain ordre sur son lit, c’était comme ça.

    Plus tard, il s’est pris de passion pour les Legos. Il construisait des trucs pas possible mais malheur à quiconque s’en approcherait… si jamais une pièce venait à se casser, c’était le drame. Toutes ses constructions, il les conservait sur des étagères, dans sa chambre, sur son bureau… ça prenait bien la poussière mais il était interdit de les démonter. Bon, ben, on a fait avec !

    Sauf que parfois, les constructions trainaient partout dans sa chambre et là ça venait directement contrarier ma petite manie du rangement à moi, et c’était le choc frontal. J’avais juste envie de balancer tout dans un sac et les filer à des gosses mais non, j’avais pas le droit, parce que le Petit Prince, lui, avait besoin de cette accumulation de Legos.

    Puis ça c’est calmé avec les Legos, on est passé aux Nerfs. On s’est retrouvé avec plus de 13 Nerfs dans sa chambre, engins volumineux, moches mais avec qui il jouait vraiment beaucoup, et qui lui ont permis aussi de trouver des copains de jeux qui eux aussi auraient bien aimé avoir autant de Nerfs. Il dormait même avec pour contrer les cauchemars...

    Tout ça pour dire que jusqu’à ses 5 ans, il alignait ses jouets, et puis quand il a commencé à verbaliser, l’alignement s’est arrêté, mais il a commencé à accumuler. Les voitures,  les constructions d’engins roulants en Legos,  les Nerfs… et j’en passe : on peut assimiler à ça à un profil de collectionneur. Il ne fallait pas toucher ou ranger ses jouets à sa place, car il y mettait SON ordre.

    En fait, pour se rassurer, mon enfant autiste avait besoin de mettre de l’ordre dans son monde. Il alignait les objets, s’intéressait à un aspect particulier d’un jouet plutôt qu’à sa fonction, (la couleur, le toucher, etc.), c’est comme ça. Au fur et à mesure qu’il a « ouvert sa bulle » au monde extérieur, il a accepté de mieux en mieux notre « désordre » dans son ordre et a été stimulé par plus de choses, donc il a fini tranquillement par se défaire de ses comportements obsessionnels. Mais attention, ça prend du temps ! Il faut laisser le temps à l’enfant d’ouvrir sa bulle d’abord, d’avoir envie d’interagir avec les autres et de ne pas obéir qu’à ses propres règles ( ça c’est super dur, pour un autiste..) et puis d’être suffisamment en confiance pour déplacer ses centres d’intérêts vers des activités moins envahissantes.

    Aujourd’hui, le Petit Prince a 13 ans. Il a gardé tous ses Legos, même s’il n’y joue plus tellement, ses constructions préférées sont sur une étagère. La Petoufette a récupéré les petites voitures, mais elle n’y joue que dans la chambre de son frère, parce que j’estime que ça reste les jouets du Petit Prince. Je pense que si je lui retire ses voitures, ça va lui faire un peu mal au coeur, donc dans la chambre de mon fils, il y a des bacs avec les voitures et la Petoufette a le droit d’y jouer.

    Il a changé de centre d’intérêt en passant du réel au virtuel : il est toujours fan de constructions, et du coup il joue à construire dans des jeux en ligne comme Minecraft. D’ailleurs il m’a dit l’autre jour que quand il était un peu angoissé – à l’idée de faire ses devoirs, ou d’ apprendre une leçon, le fait d’aller modifier une pièce dans une de ses « maisons » qu’il a construites sur Minecraft l’apaisait puisque ça lui faisait penser à autre chose, plutôt que de ressasser en boucle et d’angoisser.

    Voilà ! Tout cela pour dire que si au départ les troubles sont envahissants, ils peuvent parfaitement s’atténuer au fil du temps, il faut juste être patient.


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