• Le fer intracérébral marqueur du syndrome d’hyperactivité TDAH ?

     

    Aude Lecrubier avec Megan Brooks

     Auteurs et déclarations26 juin 2014

     

     

    Charleston, Etats-Unis -- Les enfants atteints du trouble de déficit d’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) auraient un déficit en fer dans certaines zones du cerveau. En outre, ces taux pourraient être normalisés par les psychostimulants, selon une petite étude publiée le 17 juin dans Radiology [1].

    Ces résultats pourraient avoir des implications sur le diagnostic et le traitement du TDAH, a commenté l’auteur principal de ce travail, le Pr Vitria Adisetiyo (Medical University of South Carolina Center for Biomedical Imaging, (Charleston, Etats-Unis) pour l’édition internationale de Medscape.

    « Actuellement, le diagnostic du TDAH s’appuie uniquement sur des questionnaires comportementaux et des entretiens cliniques semi-structurés avec les parents et les enfants. Si nos résultats sont confirmés par une étude de plus grande taille, les faibles concentrations en fer au niveau du cerveau pourraient servir de biomarqueurs physiologiques du TDAH et pourraient aider au diagnostic, en particulier dans les cas limites. En outre, si les études longitudinales chez des patients TDAH avant et après traitement confirment que les taux de fer cérébraux se normalisent avec les psychostimulants, ce biomarqueur pourrait être utilisé pour évaluer l’efficacité thérapeutique », explique le Pr Adisetiyo.

    Ces résultats corroborent ceux d’une autre petite étude qui avait montré, en 2011, qu’un déficit en fer localisé au niveau du thalamus pourrait être impliqué dans la physiopathologie du TDAH. A l’époque, les auteurs soulignaient que le fer est un cofacteur de nombreuses enzymes dont certains indispensables au fonctionnement des neurotransmetteurs [2].

    Un manque de fer dans le cerveau

    L’étude a inclus 27 sujets témoins et 22 patients atteints de TDAH dont 12 qui n’avaient jamais reçu de psychostimulants et 10 qui en avaient reçu. Les participants étaient âgés de 8 à 18 ans. Les groupes ne différaient pas significativement en fonction de leur âge, du sexe, du QI et de l’ethnie. Toutefois, il y avait un peu plus de filles dans le groupe contrôle.

    Les concentrations sériques en fer étaient similaires entre les différents groupes. En revanche, au niveau du cerveau, les méthodes d’IRM spécifiques (corrélation de champs magnétique/CCM) montrent que les patients atteints de TDAH et qui n’ont pas reçu de psychostimulants auparavant ont des concentrations de fer plus faibles au niveau du thalamus et du striatum que les sujets « contrôles » et que les patients TDAH qui ont reçu des psychostimulants.

    Ces données suggèrent que les psychostimulants pourraient normaliser les concentrations en fer cérébral.

    Les chercheurs expliquent que l’absence de différence des concentrations sériques de fer entre les différents groupes suggère que « c’est l’absorption du fer dans le cerveau qui pourrait être défectueuse chez les patients atteints de TDAH. »

     
    « L’absorption du fer dans le cerveau pourrait être défectueuse chez les patients atteints de TDAH. »
     

    Ils ajoutent que si d’autres études sont menées et sont concluantes, « mesurer le fer cérébral à l’aide de méthodes d’IRM comme la corrélation de champs magnétique pourrait être réalisé en routine. Le temps d’acquisition est raisonnable (environ 7 minutes) et le post-traitement minimal. »

    Enfin, mesurer le fer cérébral par IRM ne nécessite pas d’agent de contraste ou d’injection de marqueurs radioactifs, un point important puisque le TDAH est le plus souvent diagnostiqué dans l’enfance, expliquent-ils.

    Message important pour les patients et l’entourage

    Interrogé par Medscape.com, le Dr Naomi Steiner (pédiatre et chercheur spécialiste du TDAH au Floating Hospital for Children at Tufts Medical Center, Boston, Etats-Unis) insiste sur le fait « qu’il n’y a pas de différence entre les groupes pour les concentrations sériques en fer. C’est très important parce que nous ne voulons pas que les parents commencent à supplémenter leurs enfants. » Elle rappelle que de trop grandes quantités de fer peuvent être toxiques.

     

    Quel intérêt en clinique ?

    Le Dr Steiner est dubitative quant à l’intérêt diagnostic des mesures du fer cérébral. Même si les différences de concentrations en fer dans le cerveau sont bien corrélées au tableau clinique, « il restera toujours plus facile et bien moins cher de demander à un parent et à un professeur de remplir un questionnaire et à un clinicien expérimenté de parler avec les parents et l’enfant. »

    « En revanche, cela ne remet pas en question l’intérêt de ces recherches pour mieux comprendre comment nos cerveaux fonctionnent et pour espérer ajuster au mieux les traitements », explique-t-elle.

    Prochaines étapes : le Dr Adisetiyo et coll. ont lancé une étude de cohorte de plus grande taille pour tenter de répliquer ces résultats. Ils ont également prévu de mener une étude longitudinale de plus grande taille pour évaluer les concentration ferriques cérébrales avant et après l’utilisation de psychostimulants chez des enfants et des adolescentes atteints d’ADHD.

    Ce sujet a fait l'objet d'une publication dans Medscape.com

    L’étude a été financée par le National Institute of Health. Les auteurs et le Dr Steiner n’ont pas rapporté de liens d’intérêt en rapport avec le sujet.

  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :